Crise de la filière café, le cas du Pérou

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Maladies, prix bas, réchauffement climatique : les fléaux affectant les producteurs de café péruviens sont multiples et constituent de réelles menaces pour l’avenir de la filière. La mission réalisée en novembre 2018, dans la région de Junin au centre du pays, nous a permis de recueillir des témoignages de producteurs qui s’organisent pour perpétuer leur savoir-faire et la mise en valeur de leurs terres. Mais les stratégies choisies ne sont pas toujours durables sur le long terme.

 

Cela fait maintenant plusieurs mois que les prix du café se situent bien-en dessous des coûts de production des producteurs. En 2018, on estime que les pertes d’un caféiculteur péruvien possédant trois hectares seraient supérieures à 2500 $ sur l’année (environ 2150 €)[1]. Cela est considérable, quand on sait que le revenu minimum légal est d’environ 3000 $ (2900 €)[2].

 A ce contexte défavorable, s’ajoute la difficulté croissante à recruter des ouvriers saisonniers. En effet, les producteurs de café sont en compétition avec d’autres secteurs d’activités de la région (les mines dans les Andes par exemple), qui offrent des rémunérations plus attractives.

Enfin, les effets néfastes du réchauffement climatique sont de plus en plus visibles : l’altitude minimale à laquelle les caféiers peuvent se développer remonte chaque année, obligeant certains producteurs à arrêter cette culture. De plus, l’augmentation des températures sur la zone accélère le cycle de reproduction de certains insectes parasites des caféiers, aggravant les dommages qu’ils causent. Le changement climatique a également un impact sur la variabilité des précipitations au cours de l’année. En effet, les producteurs ont constaté que les pluies pendant la récolte (saison sèche) sont plus fréquentes et ceci pose un problème de qualité pour le séchage des grains de café.
 

Face à ces enjeux, les agriculteurs ne restent pas les bras croisés. Avec l’appui de la coopérative la CAC Perene, ils expérimentent de nouvelles stratégies de production. Parmi les 10 agriculteurs que nous avons rencontrés, tous avaient mis en place des solutions pour contrer ces problématiques.

 

Raul Wile INGA QUINTO a rejoint récemment la coopérative Perene, dont il est à présent l’un des membres les plus actifs. Face aux difficultés rencontrées, il a choisi de convertir une partie de ses plantations de café en champ de bananes qui seront commercialisées sur le marché local par la coopérative. La diversification est un moyen de réduire son risque et d’augmenter ses revenus.

 

Dora Cuyubamba et son mari, Ciro Cardenas, font partie des rares agriculteurs de la région à mélanger plus de 3 variétés de caféiers dans leur plantation. Cela leur permet de produire des lots aux qualités gustatives distinctes, mais également de limiter le risque de propagation de maladies entre les plantes. Grâce à cette gestion fine de leurs parcelles, Dora et Ciro produisent des cafés dits de spécialité et obtiennent des prix supérieurs aux qualités conventionnelles.

Ces deux stratégies dominantes - la diversification et l’amélioration de la qualité - permettent à certains producteurs de tirer leur épingle du jeu. Toutefois, les schémas de diversifications choisis présentent parfois des risques : en effet, certaines cultures introduites comme le gingembre et l’ananas sont cultivées avec de hauts niveaux d’intrants industriels, mettant en danger la fertilité des sols et des producteurs sur le long terme.


Pour accompagner les producteurs dans les meilleurs choix envisageables, la coopérative propose des formations techniques, améliore ses infrastructures et trouve de nouveaux débouchés à ses adhérents, grâce aux primes des certifications de commerce équitable, aux subventions du gouvernement et aux primes Act&Respect de Lobodis. Voici quelques exemples de projets réalisés en 2018 :

     

  • Accompagnement technique des producteurs pour la lutte contre les fléaux du caféier et les modes de production respectueux de l’environnement
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  • Construction d’infrastructures de séchage en bâtiment pour faire face à l’augmentation des pluies en saison sèche. Le café, séché plus rapidement, est de meilleure qualité donc les débouchés sur le marché international sont également meilleurs. Ce séchoir, unique au Pérou, sera alimenté à 100% par des panneaux solaires.
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  • Diversification des revenus des agriculteurs : accompagnement des producteurs pour la production de bananes en agriculture biologique, distribution d’arbres à installer dans les parcelles de café pour augmenter les revenus long terme des agriculteurs, et la fertilité des sols.
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C’est en ayant des réponses adaptées et multiples aux enjeux de la filière, que les producteurs parviennent à s’en sortir. L’approche Act&Respect de Lobodis est de travailler de façon holistique avec nos partenaires, pour apporter un soutien pragmatique et cohérent aux agriculteurs. Pour poursuivre nos efforts et notre partenariat, nous retrouvons en février Julio César Roméro, gestionnaire de la coopérative Perene afin de progresser ensemble sur les projets accompagnés en 2019.


Par : Maud, chargée des relations producteurs chez Lobodis
Insta : @maud.coffee

 


[1] Calcul établit en considérant un rendement de 15 quintaux de café parche à l’hectare, un prix moyen au kg de 4.75 soles/kg et des coûts de production à 8 soles/kg. Données tirées de Agraria.pe.

[2] 930 soles en novembre 2018, d’après nos données de terrain

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